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L'Abbé Renard

Ce n'est pas moi qui le dis !

Vous pouvez lire ci-dessous un texte écrit par l’abbé Renard (1924- 2015 ). Cet homme a été pour moi mon professeur-titulaire de 3ème gréco-latine au Collège Cardinal Mercier.                    

Puis la vie étant ce qu’elle est, je l’ai perdu de vue…pour le retrouver, ces dernières années, à l’occasion d’anniversaires fêtés dans le cadre de l‘Association des Anciens du collège (AACCM).            

Lors de ses funérailles, je fus surpris d’entendre ce témoignage… étonné de découvrir le jardin secret d’un homme qui fut pour moi ( et pour beaucoup) un excellent éducateur, un maître nous apprenant la valeur du sens critique et, qui lui aussi, avait ses points d’interrogations.

Certes, dans la Genèse, il est écrit qu’il n’est pas bon que l’homme reste seul. Toutefois, je livre cette pensée non pour créer une polémique mais pour alimenter une réflexion.

Marc De Cock

 

Témoignage d'un prêtre célibataire

Comme l’Eglise a vécu plus de 1000 ans sans prescrire le célibat à ses prêtres, on se demande si cette   exigence est nécessaire. Voici l’interprétation que j’en fais à partir de ma propre expérience de solitude.       

Après mon ordination et pendant une vingtaine d’années, j’ai été étudiant et professeur tout en étant soutenu par ma famille : je ne vivais donc pas seul… Lorsque je suis devenu directeur du Collège Cardinal Mercier à Braine l’Alleud, j’ai commencé à sentir ce que c’est d’être seul au milieu de 2000 élèves et 150 enseignants. A partir de ce moment, j’ai pris conscience de l’abandon de la foi par les jeunes.

Au niveau de la première année secondaire, tous faisaient leur profession de foi enthousiaste au milieu des soirées de prières, pèlerinages et aides aux plus démunis. Six ans après, et malgré les efforts et la compétence des professeurs, y compris ceux de religion, leur foi s’était évaporée voire avait disparu. Convaincu de la vanité de cette évangélisation, j’ai été en parler au Cardinal Suenens. Il m’a compris en me déchargeant de mon mandat et en m’accordant un temps de réflexion. C’était en 1970 et bien que j’aie rencontré beaucoup de compréhension de la part de mes collègues, le caractère apostolique de l’enseignement catholique demeurait sacré à leurs yeux et je suis demeuré seul.

J’ai profité de ma liberté pour écrire un livre intitulé « Oser croire au Royaume des Cieux «. Il exposait qu’au milieu d’une société dans laquelle seule la certitude scientifique était une vraie certitude, la foi en Dieu devenait un objet problématique et le vestige d’une époque révolue. Pascal en avait déjà pris conscience et par son Pari, ouvert la voie à une autre approche. Mais encore aujourd’hui, on espère qu’en baptisant les bébés et en enseignant la doctrine chrétienne comme certitude, notre pays restera catholique…

A ce moment, je fus nommé inspecteur de religion dans l’enseignement officiel et, quittant toute solitude, je vécus 13 années avec ma sœur ainée. Ce furent les années les plus heureuses de ma vie. J’allais d’école en école et rentrais à la maison où je retrouvais une personne avec laquelle je m’entendais merveilleusement. Mais après coup, je constate qu’à part les exigences de ma profession, mon esprit était plus orienté vers la joie de vivre que vers le salut du monde…

Depuis lors, bien qu’entouré de beaucoup d’attentions, notamment à l’A.C.I. (Agir en Citoyen Informé), je retrouve une vraie solitude. Elle me semble avoir deux conséquences.

La première vient de ce que je ne suis plus responsable que de moi-même. Il s’ensuit que j’accorde une importance exagérée à de minuscules faits qui me concernent : je me sens souvent piégé dans la célèbre tempête dans un verre d’eau. La deuxième est que je retrouve la question que je me posais il y a 35 ans : que va devenir la foi en Dieu dans une société qui exige des preuves pour valider les convictions ? A 82 ans, je n’ai plus le courage d’écrire un livre à ce sujet. J’aimerais tellement fréquenter des personnes plus jeunes qui vivraient la même angoisse et iraient jusqu’à me proposer des pistes de solution…

 

Pierre Renard